
Rêver en très grand avec Anaïs Guillon, directrice de la distribution aux Films du Préau.
Le grand drame d’Anaïs, c’est qu’elle n’a aucun souvenir de sa première séance de cinéma ! Terrible pour la jeune directrice de la distribution des Films du Préau, qui se souvient pourtant avoir collectionné la plupart des DVD Disney dans son enfance. Le véritable « choc d’animation » arrive un peu plus tard, alors qu’elle découvre à la fac de Nanterre Les Aventures du prince Ahmed, réalisé par Lotte Reiniger en 1926.
Entre deux crêpes bretonnes, Anaïs me présente Les Films du Préau, la société de distribution de films jeune public, où elle travaille depuis six ans. Fondée en 2000 par Emmanuelle Chevalier et Marie-Agnès Bourillon, qui constatent alors le manque de propositions adaptées au très jeune public dans les salles de cinéma, Les Films du Préau conçoivent des programmes de courts métrages pour les tout petits (à partir de 3 ans), et sortent des longs métrages d’animation, de fiction ou documentaire pour les plus grands (comme le récent Fantastique réalisé par Marjolijn Prins).
Les programmes sont imaginés autour d’un.e auteur.ice ou d’une thématique (l’hiver, la nuit, les héroïnes, ou plus récemment la confiance en soi avec La grande rêvasion de Rémi Durin), et rassemblent des petites merveilles d’animation dénichées dans le monde entier. Court-métrages anciens et récents s’y côtoient, mélangeant des techniques d’animation aussi variées que la laine ou la peinture animée. L’occasion pour beaucoup d’enfants de vivre leur première séance de cinéma !

Après une L3 de théâtre et cinéma au Québec, Anaïs choisit de faire une année de césure. Portée par l’envie de travailler au plus près des enfants, elle effectue un premier stage avec une directrice de casting spécialisée dans le casting d’enfants. Un second stage, cette fois en programmation, l’amène à pousser la porte des Films du Préau. Interrompu par le covid, son stage est coupé en deux. Mais lorsque les salles rouvrent au printemps, elle est engagée en CDD ; un premier emploi en programmation avec de plus en plus de missions marketing. Anaïs évolue, devenant notamment responsable du marketing et de l’édition des DVD (une activité qui fonctionne encore bien pour les médiathèques). Petit à petit, elle accompagne Emmanuelle Chevalier dans l’acquisition des films, la lecture des scénarios, les rencontres avec auteurs et producteurs jusqu’à devenir directrice de la distribution début 2025.
Mais la distribution, qu’est-ce que c’est au juste ? Le rôle du distributeur est de faire le lien entre le film produit et la salle de cinéma. Le distributeur fait en sorte que le film ait une belle visibilité de par sa communication (affiche, bande-annonce, publicité…) et sa programmation (dans toute la France). Pour que les spectateurs entendent parler des films jeune public, plusieurs stratégies sont mises en place par les Films du Préau qui travaillent en étroite collaboration avec les salles de cinéma Art et Essai : sortie autour des vacances scolaires, communication auprès des parents et grands-parents… Tout est important, chaque détail compte ! Des dossiers pédagogiques en lien avec les programmes scolaires, des fiches récréatives à faire à la maison, ou encore des «ciné-discussion» accompagnent chacune des sorties de films – le tout en libre téléchargement sur le site des Films du Préau. L’enjeu est que les enfants puissent s’exprimer sur les films qu’ils ont vu, à la fin d’une séance de cinéma, chez eux ou en classe.

Dénicheuse de petits bijoux animés, Anaïs parcourt avec joie les festivals à la recherche de récits à hauteur d’enfants. Les films ne doivent pas juste être une distraction mais inviter les enfants à s’interroger sur leurs émotions et à s’ouvrir au monde qui les entoure. Parfois, comme dans le très beau Collocation sauvage d’Armelle Mercat (l’histoire d’une chèvre optimiste qui construit une cabane dans une jungle habitée par de dangereuses créatures), ce sont les parents qui ont plus peur que leurs enfants ! Il arrive qu’un coup de cœur donne l’idée d’un programme. « Les petits singuliers » s’est par exemple formé autour du film Le garçon et l’éléphant réalisé par Sonia Gerbeaud, qui raconte l’arrivée dans une classe d’un enfant pas comme les autres. D’autres fois, c’est l’inverse : il faut trouver LE film qui viendra compléter une programmation en cours.
Plusieurs périodes sont attendues et appréciées dans la vie de distributrice jeune public. La rentrée scolaire est particulièrement excitante : non seulement c’est un moment idéal pour la sortie de films, mais c’est aussi la saison où l’équipe voit le fruit de son travail se concrétiser. Avec des yeux pétillants, Anaïs évoque aussi le moment où, engagée à l’étape du scénario sur un projet, elle reçoit dans sa boîte mail une première animatique ou une V1 de montage !
Au moment de proposer un « TOP 3 Films du Préau » le cœur d’Anaïs se brise : trop difficile de choisir, m’avoue-t-elle alors que les crêpes au sucre arrivent. Mais s’il fallait retenir trois courts métrages à voir absolument, Anaïs nous conseillerait : Cœur fondant de Benoît Chieux (le premier film sur lequel elle travaille en 2019). Le gnome et le nuage de Filip Diviak et Zuzana Čupová et Maman pleut des cordes de Hugo de Faucompret
Au fond de la cour d’un immeuble du XIème arrondissement où sont installés les bureaux des Films du Préau, Anaïs se remet au travail après cette petite pause déjeuner. L’équipe prépare une rentrée à la ferme avec le programme « Un amour d’épouvantail », que nous pourrons découvrir au cinéma le 23 septembre 2026. Avant de repartir, Anaïs m’offre autocollants, tatouages et petits carnets sur lesquels se bousculent la joyeuse ribambelle de personnages colorés, tout droit sortis des
Films du Préau. De quoi continuer de rêver cet été, avec douceur et poésie.

Marie Balaresque

