Table ronde du 11 avril 2017 – Passage au long métrage

Table ronde du 11 avril 2017

Le passage au long métrage

Copyright Je Suis Bien Content pour les visuels de Panique Organique

Virginie

Le passage au long métrage, c’est une drôle d’aventure et plusieurs vont vous être racontées. C’est une histoire de ténacité, d’envie, et nous avons souhaité à travers différents parcours vous raconter cela.

ous allons parler ici de l’expérience de Marion Montaigne et de Pierre Volto, et de celle d’un projet très différent, celui de Florence Miailhe et de sa productrice Dora Benousilio, pour, respectivement, les films « Panique organique » et « La traversée ».

(Pause pour présenter des images des deux films avant de lancer la discussion autour de la genèse des deux œuvres, de l’idée jusqu’au financement)

Marion

Je suis auteure de bande dessinée. J’ai néanmoins fait l’école des Gobelins et possède des notions d’animation. Vous me connaissez peut-être pour la bande dessinée « Tu mourras moins bête », récemment adaptée en série pour Arte.

(Présentation d’un épisode de la série)

 Il y a comme une lubie pour les sciences chez moi qui est un peu obsessionnelle. Le projet que l’on souhaite faire avec Pierre est issu d’une BD que j ‘ai faite il y a 10 ans. A l’époque, j’avais lu que l’on avait dans notre corps plus de bactéries que de cellules. Vous avez dans votre appareil digestif entre un et deux  kilos de bactéries, des êtres étrangers à votre corps. Ça m’avait paru incroyable et je me posais la question de « qui décide ? » Les scientifiques se posent de plus en plus la question de savoir si c’est vous qui avez envie de manger un yaourt ou si ce sont les bactéries qui vous poussent à le consommer?

Donc, la BD dont le film est adapté raconte l’histoire de Steven, un adolescent pré-pubère de 13 ans, qui un matin mange un cadeau qui se trouve dans ses céréales : un sous-marin. Deux bactéries, Pistou et Chimou vont ainsi utiliser le submersible pour parcourir son corps. Ils découvrent un monde inconnu. En chemin, ils découvrent aussi des personnages qui vont les empêcher d’évoluer, et surtout un cerveau qui n’a absolument aucune envie de grandir.

«Panique organique », c’est l’histoire d’un garçon qui n’a pas envie d’évoluer. Pistou et Chimou vont créer la puberté chez lui et ainsi le faire évoluer et provoquer une révolution dans son corps. Une révolution, même si on en a peur, ça peut être positif, c’est le message du film.

C’est une BD d’aventure avec beaucoup d’actions, mais aussi une BD de réflexion sur le monde, mais ça, je laisse Pierre en parler qui le fait mieux que moi.

On en reparlera plus tard mais mon dessin est en 2D, c’est de la plume. Avec Pierre, on a cherché à l’adapter en dessin animé à travers des recherches et des essais graphiques en réalisant des images tests. On s’est rendu compte que les studios préfèrent la 3D pour attirer le public des ados. La 2D, ça fait trop jeune.

(Changement – Diffusion d’un extrait du projet de Florence Mihail )

Virginie

Florence, est-ce que tu peux nous raconter ton parcours pour arriver à ce long métrage ?

Florence Miailhe

Je réalise des courts métrages depuis 25 ans.  J’ai fait l’Ecole des Arts décoratifs et j’ai appris l’animation en autodidacte. Dix ans après être sortie des Arts déco, j’ai commencé à faire des films. Cela a commencé par hasard, à l’occasion de rencontres, avec un producteur et un animateur, Robert Lapoujade. J’ai alors réalisé un premier film « Amam » qui a été financé par le CNC. Puis, ça s’est enchainé avec un film tous les trois ans, soit au final à peu près 7 films en 25 ans.

Virginie

Tu n’avais pas spécialement envie au début de faire un film ?

Florence

Non, c’est vrai. J’avais très envie de faire de l’animation, mais à l’époque aux Arts déco, il n’y avait pas de section d’animation. L’école des Gobelins ne m’intéressait pas, trop classique, trop Walt Disney. Mes modèles étaient plutôt Norstein ou des animateurs de pays de l’Est que je connaissais parce que mes parents m’avaient montré des films. C’était plutôt ça mon univers. Des films d’animation très picturaux. Et aussi « Le mystère Picasso », car je trouvais admirable de voir un dessin qui évolue, se transforme.

Voilà, j’avais donc très envie de faire de l’animation en rentrant aux Arts déco, mais il n’y avait pas la structure qui permettait de le faire, donc j’ai fait de la gravure. En sortant, je me suis dit tant pis, l’animation sera pour une autre vie, mais finalement 10 ans après…

Au Centre américain, j’ai fait un stage avec Serge Verni où j’ai essayé de faire de petites choses. Puis j’ai rencontré Robert Lapoujade qui était peintre et qui faisait également des films d’animation. Il m’a dit : « Vas-y, prend une caméra et essaye de faire des films ».  J’ai acheté une caméra 16 millimètres dont je ne me suis jamais servie. Mais j’ai commencé à présenter des projets au CNC. C’était une période où il n’y avait pas grand chose qui se faisait, c’était un espèce de creux, d’autant plus pour l’animation en peinture animée.

Virginie

Dans ton chemin, tu pensais qu’il fallait que tu passes par ces 7 courts-métrages avant de faire le long ?

Florence

L’idée du long est venue parce que j’ai fait les courts. Je n’ai pas commencé l’animation avec l’idée de faire un long. Le format court me correspond très bien et continue à me convenir très bien d’ailleurs (rire). Il permet une grande liberté, et de travailler quasiment seule.

Le long, c’était l’envie de raconter une histoire avec un autre rythme, et l’envie de montrer que cette forme d’animation, très picturale, plus proche des illustrations de certains livres d’enfants, peut se faire aussi en long métrage. Je pense qu’à chaque film j’ai essayé de proposer à chaque fois autre chose. J’ai commencé avec du pastel sec, puis avec de la peinture. Je m’impose toujours de nouveaux défis et le long en était un de plus.

Virginie

Et vous Marion, avec un parcours de scientifique mis de côté (rire), quels sont vos parcours à vous et Pierre ?

Marion

En fait, Pierre et moi, on a fait les Gobelins en même temps, ça aide. J’avais pour objectif d’apprendre à bien dessiner avec cette école. Pierre l’a rejoint plus par cinéphilie.

J’aurais bien fait deux métiers en même temps, disséquer des grenouilles le dimanches (rire) et la BD les autres jours.

Je me suis mise à la BD, car dans l’animation ce que j ‘aime ce n’est pas fabriquer le dessin animé, mais trouver l’histoire à raconter, faire les story-boards, les idées. Nous avons plus de liberté scénaristique avec la BD et c’est très dur de faire en film ce que l’on peut faire en BD. D’ailleurs de plus en plus de BD sont adaptées en film, peut-être est-ce lié ?

J’ai créé cette BD très tôt et Pierre m’a tout de suite dit que cela présentait un chouette univers pour un film.

Pierre

On est sorti des Gobelins ensemble – et on est sorti ensemble aux Gobelins d’ailleurs. (rire) Dans ma carrière un des moments marquants, c’est notamment d’avoir été premier réalisateur sur le film « U » de Serge Elssalde et Grégoire Solotareff. Jusqu’ici c’était mon seul pied dans le long métrage car après, je suis retourné aux séries télé. J’en ai réalisé deux et demi chez Normaal Animation.

En 2007, Marion fait cette BD « Panique Organique » et je me dis tout de suite que cela ferait un super long métrage d’aventure. Je continue ma carrière jusqu’en 2014, mais je commence à me sentir bridé dans ce que je veux faire, et avec Marion on se met d’accord pour avancer sur l’adaptation en long métrage de « Panique Organique »,  jusqu’à trouver un producteur, Marc Jousset.

Virginie

Est-ce que le fait d’avoir eu à gérer des séries, cela a rassuré les producteurs ou au contraire cela ne t’a pas facilité l’accès au long ?

Pierre

(Hésitation) Je pourrais faire plein de réponses – je vais essayer. Il est vrai que je sais gérer une équipe, que j’avais une petite réputation, et que je connaissais Marc depuis le début de ma carrière, donc il pouvait me faire confiance. Pour le financement, on m’a plutôt dit que le fait d’avoir fait de la télé,  pour le monde du cinéma, c’est comme si on n’avait rien fait. Le parcours normal, c’est de passer par le court.

Virginie

Est-ce que ton parcours d’animateur sur des séries d’animation a pu te faciliter l’accès au long ?

Pierre

L’accès je me le suis fait moi-même. Je n’ai rien demandé à personne. J’avais décidé que ce film était ce que je voulais faire de ma vie et j’ai un peu embarqué Marion dans l’affaire. Quant on a eu un traitement de l’histoire qui nous semblait potable, on est allé voir Marc. On a mis le pied dans la porte, sinon je ne pense pas que l’on serait venu me chercher.

Virginie

On voit que vous avez des parcours différents. La BD pour Marion, la série pour Pierre, le court métrage pour Florence. Aujourd’hui des professionnels de la fiction et des jeunes passés par Youtube font du long métrage.

Dora, dans ton expérience de productrice, penses-tu qu’il y a des parcours qui mènent plus aisément au long métrage ?

Dora

J’ai un parcours atypique. J‘ai fait des études d’histoire, puis j’ai été libraire pendant 10 ans, et j’ai travaillé dans l’édition avant de créer les Films de l’Arlequin pour faire un long métrage. Notre première production, c’était un long métrage qui nous a pris 10 ans entre l’idée et la projection en salle.

Je dis cela, car ça va être la même chose pour le film de Florence. Entre le moment, où avec Marie Desplechin, elles ont eu l’idée, et maintenant, il s’est passé presque 10 ans. Puis il va y avoir 3 ans de production. Au total, il se sera passé à peu près 13 ans.

Je ne sais pas si le fait que Florence vienne du court métrage l’a conduit au long métrage. Elle est très modeste et ne dit pas tout ce qu’elle a fait. Malgré un faible nombre d’heures en animation, elle n’a pas fait que des films en peinture animée.  Elle possède de nombreuses techniques, avec du sable par exemple.

Sa filmographie est très importante et très variée. Elle a reçu de nombreux prix et, de ce que dit l’Agence du court métrage, les films de Florence, même les plus anciens, sont ceux qui sont le plus souvent demandés. C’est quand même une « figure », elle est très connue à l’international et a même reçu un César au moment où le César de l’animation n’existait pas !

D’ailleurs, le présentateur des Césars de l’époque était persuadé qu’elle avait réalisé une fiction live et il a fait une blague idiote sur les comédiens qui couchent avec les réalisateurs.

Florence

Il a dit : « Regardez bien jeunes comédiens, voilà avec qui il va falloir coucher pour avoir des rôles ». Je suis montée sur scène et j’ai dit : « Il est inutile de coucher avec moi, je fais des films d’animation et en plus sans dialogue ! » (rire)

Dora

Je pense que même si Florence est très connue, – elle a aussi reçu  des prix à Cannes – cela n’a pas été plus facile de passer au long métrage. Je dis ça de ce que nous analysons, car nous ne sommes pas dans la tête des décideurs.

Virginie

Ne pensez-vous pas qu’ils (les décideurs) sont surtout intéressés par une audience et non un parcours ? Une BD ou une licence, car elles sont déjà connues ?

Marion

Oui, on ne va pas se mentir. Avec Pierre, on s’est dit que l’on pourrait profiter de la diffusion sur Arte de la série « Tu mourras moins bêtes » (BD adaptée en série, diffusée en 2016) et que mon nom leur dirait peut-être quelque chose. C’est comme une baby-sitter, ils écoutent ce que disent les copines (rire). Ce n’était pas inconnu et ils se sont rassurés car la BD avait bien marché.

Pierre

Le grand succès de Marion c’est « Tu mourras moins bête » . « Panique organique » a moins bien marché, mais selon moi c’est mieux ! Je me sens plus libre d’adapter une oeuvre où il n’y aura pas une trop forte attente plutôt qu’un best seller, et donc de pouvoir la trahir autant que l’on veut. (rire)

Virginie

Comment accepter que ton histoire soit finalement modifiée, Marion ?

Marion

Pour moi c’était intéressant, car il y avait plein de défauts et il fallait la reprendre. Très tôt, Pierre disait que cela ferait un très bon film d’aventure. On était d’accord sur le fait qu’il fallait changer beaucoup de choses. A l’époque, je n’étais pas allée jusqu’au bout de ce que je pouvais faire. Aujourd’hui, quand je relis la BD j’ai envie de la corriger.

Pierre

Je ne l’ai pas repris tout seul, on a beaucoup travaillé ensemble pour la réécrire. Cela me rappelait tout ce que j’aime dans les premiers Miyasaki, les films d’Indiana Jones, ce qui compose les films que j’apprécie, et j’ai pu y mettre beaucoup de mon récit. C’est par ce bout-là que j’ai commencé à m’approprier l’histoire et que j’ai essayé de dire des choses qui m’importaient en sous-texte.

Ca tourne autour de la puberté chez un garçon et tout ce que ça peut représenter. La partie extérieure, on a décidé avec Marc de la faire en prise de vue réelle, et les prises intérieures (le film se déroule dans le corps du petit garçon) en images d’animation. Deux mondes qui cohabitent et interagissent.

Virginie

Et toi Florence, on a vu la bande-annonce de ton film, peux-tu nous en dire un peu plus ?

Florence

Je voulais dire aussi pour répondre à la question précédente sur le fait de rassurer ou pas, que je pensais que ça allait rassurer d’avoir fait pas mal de courts métrages, mais en fait pas vraiment.

Il y a une dizaine d’années, commençait cette histoire de migration. Mon mari, qui est photographe, était parti faire un reportage à Lampedusa et Malte.  A l’époque, il y avait déjà des migrants qui arrivaient, des noyés.

Cette histoire me touchait énormément parce que, comme beaucoup j’imagine, j’ai des trajets de migrations dans ma famille. J’ai une arrière grand-mère qui est partie d’Odessa et qui est arrivée en France en 1905. J’avais envie de raconter les histoires de migrations du début du XXème siècle, qui ont concerné les Juifs, les Arméniens, les Grecs, etc.

La volonté était de partir de l’histoire de ma famille, de cette grand-mère et de son mari qui sont partis avec 10 enfants. C’était l’envie de faire quelque chose d’historique et de travailler avec Marie Desplechin sur un long métrage.

On a finalement abandonné l’aspect historique des migrations de 1905 pour essayer de faire quelque chose qui s’inscrivait dans une histoire générale, qui dépasse les époques et la géographie.

Virginie

Dora, tu as travaillé avec Florence sur plusieurs courts métrages. Cela ne faisait pas de doute pour toi de travailler sur le long ?

Dora

Cela me semblait évident. L’histoire et le scénario me plaisaient beaucoup. Ma famille aussi a beaucoup bougé, de Turquie, de Grèce, de France, et de tout ce que l’on peut imaginer. Politiquement, je me sens concernée. Tout ce que Florence et Marie avaient imaginé il y a 10 ans se produit aujourd’hui. L’histoire repasse toujours les mêmes plats.

Le problème de la peinture sur verre – technique employée par Florence pour son film -, on ne l’a pas posé tout de suite. Le scénario était plus important, ce qu’elle voulait raconter. La question s’est posée plus tard lorsqu’on s’est aperçu qu’il y avait pas mal de résistances au rendu graphique de Florence.

Florence

Beaucoup n’arrivaient pas à voir ce que visuellement le rendu allait être sur 80 minutes. Quelqu’un avait même dit « oui c’est comme dans un feux d’artifice, c’est bien si ça dure 10 minutes, mais si ça dure 80 minutes ça ne marche pas ».

Je peux comprendre que dans un long métrage le rythme soit différent de celui d’un court métrage et  que je pouvais en tant que réalisatrice aménager des moments calmes.

Dora

Le pire que l’on ait entendu est : « C’est tellement riche que ça en est écoeurant ». Un jour nous ferons un petit glossaire de tous ce que l’on a entendu (rire).

Le long métrage après les courts n’était pas du tout un problème. Le seul problème, c’était comment financer ? La chance que l’on a eue, c’est que l’on a tout de suite trouvé un co-producteur en République Tchèque qui a trouvé l’argent en deux temps, trois mouvements : l‘avance sur recettes, la télévision tchèque, un distributeur, etc..

Après, on s’est rendu compte que l’on n’arriverait pas à financer en France suffisamment et on a cherché un autre co-producteur, qu’on a trouvé à Dresde en ex-Allemagne de l’Est. Il faisait énormément d’animation en sable. Il était aussi très motivé du point de vue d’un engagement politique, ce qui est très important, et cela faisait des mois et des mois qu’il voyait défiler sous ses fenêtres le mouvement d’extrême droite PEGIDA (mouvement populiste de droite contre l’immigration islamique en Allemagne) qui demandait que les migrants soient virés et cela bien avant la décision d’Angela Merkel d’accueillir un million de migrants en Allemagne.

On allait dans la même direction avec l’équipe de co-production, ce qui était très important, et nous étions extraordinairement motivés par le sujet et par le film, et c’est ce qui nous a fait tenir. On voulait vraiment raconter cette histoire ! Il y a l’aspect artistique de Florence et de Marie, mais aussi une motivation, je dirais politique dans le bon sens du terme, qui nous a porté jusqu‘au bout.

On a failli arrêter l’année dernière. On s’était dit que si nous n’arrivions pas à monter le film en décembre 2016 et bien tant pis… Puis d’un seul coup, tout s’est monté en 2016 !

Florence

On eu le CNC, puis on l’a perdu… on a eu plein de mésaventures quand même. Le scénario a bougé, il s’est transformé, mais comme n’importe quel scénario je pense. Finalement, j’ai l’impression qu’il n’a pas tellement évolué entre le moment où on l’a présenté et où nous avons eu des refus, et le moment au contraire où on a eu Arte, le CNC, etc… C’est le monde autour qui a changé et le scénario a été accepté car il devenait d’actualité. Il l’était avant mais là c’était devenu évident. Il est presque en retard aujourd’hui…

Virginie

Florence, tu as parlé du travail avec Marie, mais vous Pierre et Marion comment avez vous travaillé ensemble sur l’écriture, sur le graphisme ? A quelle étape en êtes-vous ?

 

Marion

Pour le graphisme, on a déjà une bonne base. On a pas mal réfléchi la dessus avec le producteur car nous visons le grand public, les ados, et nous nous sommes posés la question de ce que veulent voir les ados aujourd’hui ? On  nous a aussi expliqué que les studios préféraient mettre plus d’argent sur un film 3D que 2D, qui risquait de faire plus « artiste » et n’attirerait pas la cible.

Comment faire pour que ce soit cette cible qui vienne voir le film ? Est-ce qu’un ado a envie de voir une histoire d’ado avec des boutons etc. ? Ou est-ce que ce sont plutôt les trentenaires qui rigolent de ce qu’ils ont vécu avant ?

Pierre

On a pas écrit en pensant à la cible, mais dès que la conversation devient « business », elle s’impose.

Marion

On a fait des recherches en essayant de rester le plus fidèle à mon style. J’aime la BD et je n’ai pas réussi à me consacrer entièrement aux recherches.  C’est beaucoup Pierre qui a travaillé sur l’écriture et a fait des tests. Après, on en parle, c’est toute notre vie de famille qui est consacrée à cela avec tous les risques que cela implique (rire). On en parle, on revient sur le scénario, mais parfois il y a des périodes où l’on manque de recul et on veut tout changer sans savoir où aller. C’est long le scénario.

Pierre

Pour rentrer dans le détail du processus, surtout sur le traitement où il a fallu pondre le gros du boulot, je travaillais dessus et, à intervalle régulier, quand je trouvais que l’on avait assez de matière ou que je bloquais, avec Marion nous faisions une journée de brainstorming où en général on refaisait tout, Marion ayant toujours de meilleures idées que moi (rire). Cela servait de base pour avancer, on déconstruisait et je repartais de là et on avançait ainsi pas à pas.

Maintenant que nous sommes dans des phases de relectures, nous en sommes à la V3, bientôt V4, c’est plus informel.

Pour le graphisme, on part vers le monde merveilleux de la 3D. C’est à peu près acté, car nous avons demandé l’Aide aux nouvelles technologies du CNC. Si nous l’obtenons, nous pourrons faire le pilote d’ici la fin de l ‘année.

L’idée est d’imaginer le monde comme si c’était Marion qui l’avait imaginé en pâte à modeler, pour retrouver l’esprit de son dessin, mais en relief.

Marion

La 3D, si c’est fait intelligemment, ça me convient. La base, c’est une bonne histoire. Après le style…  je me suis dit qu’il faudrait surtout garder de la dynamique. On a trouvé des exemples où ce n’est pas trop moche… (rire) dans des choix de matières ou de design.

En regardant mon dessin, j’avais l’impression qu’en long métrage cela faisait plus jeune et allait rater sa cible. Parfois je me réveille à trois heures du mat en me disant « C’est n’importe quoi » (rire).

Pierre

C’est peut-être le genre de chose que l’on se dit pour se justifier après coup, mais comme le monde extérieur est en prise de vue réelle, le fait  d’utiliser l’image de synthèse pour le monde intérieur va lui donner une réalité. S’il avait été fait en 2D avec un gros trait, le contraste aurait peut-être été un poil trop violent avec la prise de vue réelle.

On ne saura jamais, mais je me dis que cela peut marcher en 3D. Tout l’univers d’organes, de vaisseaux, peut marcher en image de synthèse. Il faut garder la simplicité. J’espère que l’on trouvera des gens pour nous aider dans cette voie.

Virginie

Vous faites de la 3D un choix artistique, ce qui ne l’était pas au départ.

Pierre

Oui. C’était une concession que j’étais prêt à faire si cela pouvait nous permettre de raconter l’histoire telle que l’on voulait.

Virginie

En parlant technique, revenons vers toi Florence, je crois qu’il n’ y a pas d’autre exemple de long métrage avec la technique de peinture animée. Comment procèdes tu ?

Florence

Il y a déjà eu un film hongrois je crois, que l’on m’avait envoyé mais il n’est pas complètement en peinture animée.

Pour moi c’était évident que si je passais au long c’était avec la technique que j’avais l’habitude d’utiliser. Effectivement, c’est un choix artistique complètement original, mais il est en lien avec le film. C’est un film universel et utiliser la peinture pour les vêtements etc. évite que l’on situe trop les personnages mis à part quelques accessoires du décor, comme un ordinateur.

On est dans une actualité – la migration -, mais aussi dans un passé, et ça la peinture le permet. Elle permet aussi que l’histoire – racontée par une femme des années plus tard – serve de représentation de son souvenir avec  des décors qui précisent certaines choses ou pas. Par exemple, quand on traverse un paysage, on se souvient d’un ciel bleu et d’une ligne de montagne.

La peinture me permet de définir plus ou moins les décors, les personnages. Je voulais travailler aussi la notion de personnages qui sont des ombres et la peinture est un bon moyen. Les migrants en arrière plan ne sont plus que des ombres.

Virginie

Peux-tu expliquer la technique pour ceux qui ne la connaissent pas ?

Florence

La peinture animée directement sous la caméra, cela veut dire que l’on ne prépare pas tous les dessins à l’avance. On a la caméra, une table et on prend une image que l’on transforme un petit peu et on avance ainsi. Il y a des choses qui vont plus lentement qu’en animation traditionnelle, mais certaines vont plus vite car nous avons toute la base du dessin qui reste et on se sert de ce qui reste à l’image, des traces, etc. Et c’est directement en couleur !

On a donc les personnages sur un plan et ils évoluent dans le décor, en gros.

Virginie

Tu parlais d’une évolution technique qui t’a permis d’envisager le long métrage ?

Florence

 

Je pense que c’est au moment où l’on a eu la possibilité par l’ordinateur d’avoir un retour sur caméra. Avec le 35mm, c’était difficile comme travail. Je ne voyais pas ce que je faisais. Je filmais et je ne voyais le résultat qu’après le développement de la pellicule. Envisager un long métrage comme cela, sans avoir de retour des gens qui travaillent avec nous, aurait été impossible, je pense.

 

Avec des logiciels qui permettent aux équipes de contrôler les images au fur et à mesure, c’est effectivement quelque chose qui autorise de partager le travail et d’avoir certaines parties qui sont composées à part, permettant de simplifier le travail en rattrapant des détails. Cela reste un travail assez ardu.

 

Virginie

 

Et comment envisages-tu le travail avec trois équipes entre, l’Allemagne, la République Tchèque et la France ?

 

Florence

 

Je n’avais jamais travaillé en équipe contrairement à Pierre (rire). Il y a l’animatique où je vais être assez présente et on va essayer d’avancer par petites étapes. Il faut que je puisse suivre l’avancée des choses et lancer le travail de chaque petite équipe. La plus grosse équipe, ce sont les décorateurs avec dix personnes, et ensuite quatre animateurs à Toulouse, deux à Dresde et quatre à Prague.

 

Virginie

 

Dora, tu avais commencé par nous raconter le début du combat de ce film, peux-tu nous dire la suite ?

 

Dora

 

Ce n’est pas compliqué, on nous a dit non. Toutes les chaînes. On a eu l’Avance sur recettes mais beaucoup trop tôt. Vous pouvez la garder deux ans et demi car vous pouvez demander une dérogation de six mois, et ensuite vous perdez l’Avance sur recettes. On ne peut pas la re-demander, sauf à modifier complètement le scénario ou que ce soit graphiquement complètement différent. Il a fallu demander des dérogations etc.

 

J’ai quand même réussi à trouver des fonds pour le développement, qui ont permis de financer l’écriture du script, de faire des tests d’animation, de faire le teaser, de faire des recherches, car il fallait que Florence trouve une technique pour faire les décors, comment on allait organiser la production proprement dite, sans perdre de vue l’artistique…

 

Florence

 

On y travaille encore…  (rire)

 

Dora

 

Oui car on pensait l’année dernière qu’on allait laisser tomber, puis ça c’est débloqué ! On a d’abord eu le mini traité Franco-Allemand, l’aide de la région Occitanie car nous sommes en co-production avec XBO Films. On va commencer à produire chez lui à Toulouse, car nous n’avons pas la place pour tout installer à Paris.

 

Je ne sais pas si vous connaissez cette société toulousaine qui travaille surtout sur l’animation en volume mais ils ont des tables d’animation, et une expérience technique, même si le volume animé sous caméra c’est une rigueur différente. Ils sont solides et bricoleurs.

 

On a donc réussi à convaincre la région Occitanie et nos copains allemands ont réussi à trouver des financements, et un beau jour du mois de novembre Arte, qui nous avait jeté quatre fois de suite, nous a appelé pour me demander si j’étais toujours sur ce film.

 

J’ai dit : « Pourquoi ? ». Mon interlocuteur m’a dit : « Tu ne veux pas nous le représenter ? ». Je lui ai dit : « L’année dernière, tu disais que c’était pas possible, c’était fini, et si c’est pour nous refaire le coup de l’année dernière… ». C’est un film d’animation par an chez Arte, il faut le savoir.

 

Il m’a convaincu de le repasser et on eu Arte, mais nos amis allemands avaient déjà convaincu Arte Allemagne. Cela posait un énorme problème administratif et juridique qu’ils ont réussi à résoudre, car normalement il n’y a pas de cumul possible entre les deux, France et Allemagne.

 

Puis, j’ai fait une belle lettre à la présidente du CNC et à la Présidente de l’Avance sur recettes pour faire une re-demande de l’Avance. Nous l’avons eue.

 

Tous s’est débloqué. Nous ne sommes pas richissime, il a fallu aller chercher une SOFICA, on a eu un petit MG sur les recettes salle, un petit MG pour le DVD/ SVOD, mais échec total sur la distribution internationale. J’ai trouvé un distributeur mais il n’avance aucun argent, donc on n’a pas le droit de trop se planter…

 

Et comme personne n’a l’expérience d’un film comme cela, il ne faut vraiment pas que l’on se plante. Mais nous avons pris une bonne assurance ! (rire). Un tas de facteurs entrent en jeu, comme trouver des animateurs qui puissent animer la peinture. On n’a pas le choix entre cinquante.

 

Florence

 

J’ai rencontré aussi un réalisateur en prise de vue réelle qui m’a dit : « Tu sais, on te sors par la porte, tu rentres par fenêtres et tu recommences quatre fois, cinq fois, six fois etc. » Ce n’est pas que l’animation qui a des difficultés.

 

Dora

 

Je voudrais quand même dire que les diffuseurs, les décideurs, sont plus exigeants sur l’animation que sur la prise de vue réelle. Parce que si vous faites 200 000 entrées en animation – c’est un échec – alors que si vous faites 200 000 entrées en fiction – ce n’est pas un échec voir une réussite pour certains films. A budget égal !

 

Il y a une plus forte demande de succès sur l’animation. Quant on nous a dit que l’on ne voulait pas de notre film car ce n’était pas un public enfant mais adulte, nous on avait en mémoire « Persépolis »  que France Télévisons avait quand même coproduit. C’est tout de même plus d’un million d’entrées… Et bien les réponses des télévisons, France 2, Canal + c’était « mais il a fait 3% d’audience ». Ils l’ont diffusé à 11h du soir…

 

Du coup après « Persépolis », France 3 a décidé de ne plus produire de film d’animation pour adulte. Vous voyez que même un succès en salle comme « Persépolis », qui marche très bien à l’international, qui a eu des prix partout, et bien même pour les télés, ce n’est pas suffisant et ils ont arrêté l’animation adulte.  Et c’est toujours très difficile pour la jeunesse.

 

Virginie

 

Pierre et Marion, vous avez eu le financement du CNC et ensuite comment cela s’est enchaîné ?

 

Pierre

 

C’est récent, cela date de décembre dernier au Cartoon Movie. Depuis un mois, on commence à avoir des retours, Marc avait prospecté. Nous commençons à avoir des touches sérieuses, de producteurs et distributeurs.

 

On va aussi aller voir les chaines, France 2, Canal +, c’est le boulot de Marc. En mai, nous présentons une demande pour une autre aide du CNC et la prochaine étape c’est de faire un pilote que j’ai déjà story-boardé en avance. Si on a le CNC en mai/juin, nous pourrons avoir le pilote en novembre.

 

Après, comme nous avons pris l’initiative de faire avancer les choses sans fonds, d’écrire sur nos réserves, sur nos droits, puisque c’était un pari, on a déjà du matériel. Par rapport au budget dont nous avons disposé, nous avons pas mal de chose.

 

Virginie

 

Une question plus « LFA » pour toutes les trois : avez-vous l’impression que quand on est une femme il est plus difficile d’avancer comme auteure et productrice ?

 

Dora

 

Je constate que lorsque j’ai commencé il y a presque 30 ans maintenant, j ‘étais la seule productrice et ce pendant des années. Il n’y en avait pas d’autre. En plus, je ne suis pas moi-même une artiste et des gens avec qui je bossais faisaient des réflexions pas très sympathiques sur ma capacité à juger leur travail, la manière dont je bossais. Ça, j’en ai entendu de toutes sortes…

 

Ça c’est calmé car il est arrivé beaucoup plus de femmes dans l’animation et notamment en court métrage. Je faisais un calcul tout à l’heure et on est aujourd’hui plus nombreuse. Pas parce qu’on va chercher les réalisatrices mais parce qu’elles viennent nous voir !

 

Là on va réaliser trois nouveaux films en court métrage, c’est trois femmes. Elles m’ont dit pourquoi parfois elles quittaient leur producteur, mais je ne le dirais pas ici. Je sais que ça reste un problème d’être productrice, mais heureusement elles sont beaucoup plus nombreuses.

 

Vous savez aussi que les responsables des unités jeunesse, jusqu’à une période récente, n’étaient que des femmes. Il y avait des raisons, elles sont plus proches des enfants etc., mais c’était aussi des postes dont tout le monde se fichait.

 

Florence

 

C’est toujours difficile de dire si ça a joué d’être une femme pour expliquer les difficultés de réaliser ce premier long métrage. Il n’y pas beaucoup de femmes qui réalisent des projets d’animation, je serai la deuxième. Mais il n’y a pas beaucoup de femmes qui proposent des projets.

 

La seule chose que l’on m’a dite un jour c’est : « Tu sais Florence, pour faire un long métrage, il faut avoir des épaules solides », mais je ne sais pas si ça répond à la question. J’ai répondu : « Je crois les avoir ».

 

Marion

 

En animation je ne sais pas trop, mais je peux parler pour la BD. Je ne me suis jamais trop posée la question mais ça a évolué. A mon époque on était trois filles aux Gobelins et aujourd’hui la tendance s’est inversée. Il y a des promos où les filles sont majoritaires et on m’a dit que ça changeait vraiment l’ambiance.

 

En BD, j’ai du mal à analyser ça. L’éditeur, si ça peut se vendre, il ne pose pas trop de questions. Mais bien sûr il y a les réflexions débiles que l’on se prend partout. C’est plus dans la tête que les blocages s’ancrent chez les filles. Je suis têtue comme une mule et c’est ma force. Je crois qu’il y a de plus en plus de femmes dans les écoles, et j’espère qu’on va les retrouver ensuite.

 

Récemment, il y a eu les Etats-généraux de la bande dessinée où l’on a recensé combien nous étions. On s’est rendu compte que  nous étions beaucoup plus nombreuses que ce qu’on pensait. Par contre, elles ont souvent des postes beaucoup plus précaires et la question c’est « vont-elles réussir à prendre des postes plus importants ? »

 

Florence

 

En étant enseignante, c’est vrai que l’on a vu aux Art Décoratifs des années où il n’y a que des filles. Ce qui est curieux aussi, c’est que j’ai vu beaucoup de filles qui en sortant de l’école ont fait des courts métrages d’animation alors que les hommes ont plus essayé de trouver du travail, de gagner leur vie. J’ai l’impression que ça se renverse ensuite.

 

Dora

 

Un phénomène que l’on constate fréquemment, c’est que dans les jurys des festivals, il y a souvent très peu de femmes. Comme j’étais longtemps la seule productrice, il n’y avait que des hommes et ça a duré des années. C’est vrai aussi comme réalisatrice.

 

Pas plus tard qu’au mois de décembre, j’étais dans un jury à Paris et j’étais la seule femme.

 

Virginie

 

Avant de passer aux questions, si dans la salle certains veulent se lancer dans le long métrage, quelles seraient vos petites phrases, vos conseils ?

 

Dora

 

Je dirais qu’il faut de la ténacité. Si vous y croyez, il faut essayer, essayer, essayer…

C’est vrai qu’au bout d’un moment on se dégoute de son propre projet, mais bon… Il faut vraiment s’obstiner et convaincre autour de vous pour avoir des gens solides qui vous soutiennent.

 

Florence

 

Je n’ai pas trop de conseil à donner… il faut y croire surtout, effectivement.

 

Pierre

 

Il faut savoir que l’on va porter son projet pendant des années, et il faut bien être convaincu qu’il mérite de l’être sinon…

 

Marion

 

En faisant une BD, je me dis un jour sur deux que c’est nul et il faut donc se dire aussi que ce n’est pas trop mal et juger aussi. Ne pas trop se dire que c’est génial non plus. Il faut soigner sa santé mentale, bien s’entourer. Être têtu, persévérant et viser un but.

 

Pierre

 

On explique souvent qu’il ne faut pas trop parler de son projet, que ça porte malheur mais je ne suis pas vraiment d’accord avec ça. Au contraire, j’en parle dès que l’on me demande car ça renforce la motivation, ça le fait exister, et ne pas hésiter à aller pêcher des conseils. Savoir à qui on demande des conseils, mais ne pas hésiter à en demander.

 

Virginie

 

Si vous avez des questions…

 

Question 1

 

Merci beaucoup pour toutes ces précisions. Pour le film de Florence, quel est le budget de ce film atypique ?

 

Dora

 

Un peu plus de trois millions d’euros. C’est une production étalée sur trois ans. C’est pas beaucoup pour un film d’animation. Si j’avais pu trouver 500 000 euros de plus, on aurait été heureux, d’ailleurs je joue au loto (rire).

 

Question 2

 

Compte tenu de la technique très particulière, y-a-t-il une incidence sur le budget ? Y-a-t-il des zones d’ombres qui n’ont pu être évaluées ?

 

Dora

 

Il y  a des trucs bizarres. L’autre jour, j’ai essayé d’évaluer le nombre de tubes de peinture à acheter et c’était totalement impossible (rire). J’ai mis une somme et je compte sur Florence pour me dire pour la suite.

 

On a des petites difficultés avec les décors faits sur des celluloïds. Si vous avez un plan pour les celluloïds, s’il vous plaît (rire).  Il n’y a plus grand monde qui en fabrique. Des exemples comme cela auxquels nous n’avions même pas pensé.

 

Une estimation difficile à faire, est de savoir combien de secondes d’animation les animateurs vont réussir à faire ? C’est fluctuant.

 

Florence

 

On va essayer de cerner un peu plus cette évaluation là, mais c’est énorme. Entre deux secondes et quatre secondes c’est le double du temps (rire).  Une grosse différence. Le prochain travail, c’est d’essayer d’évaluer au mieux.

 

Question 3

 

Parce que vos courts-métrages vous les animiez toute seule ?

 

Florence

 

Oui je faisais tout toute seule. Là il y a une équipe pour préparer. C’est plus rapide quand on est seul car on sait ce que l’on veut.

 

L’autre chose difficile à évaluer, c’est que je ne peux pas demander aux autres ce que je m’impose à moi-même. Je n’ai jamais beaucoup débordé sur le temps de mes projets, et si on est en retard, on compense, on travaille le week-end, mais on ne peut pas demander cela à une équipe.

 

Dora

 

Et puis il faut que les animateurs attrapent le trait de Florence. Nous avons prévu un training d’un mois avant de les lancer dans l’animation proprement dite. Il est hors de question de prendre Florence comme maître étalon, forcément. Je l’ai déjà fait avec un film de Serge Elissade, je pensais qu’ils allaient tous animer comme lui, mais j’étais débutante. C’était une erreur.

 

Florence

 

Il est aussi difficile d’évaluer le degré d’exigence que je peux attendre de quelqu’un qui n’est pas moi (rire)

 

Question 4

 

L’animatique est un bon support pour cela, non ?

 

Florence

 

Oui bien sûr et on va travailler aussi les premières images de chaque plan pour que les animateurs partent à partir d’un dessin répondant à mes critères. J’attends beaucoup aussi du retour des animateurs qui vont travailler avec moi.

 

Question 5

 

Le teaser vous l’avez fait toute seule ?

 

Florence

 

Le teaser que vous avez vu, je l’avais fait toute seule parce qu’il avait été fait pour re-convaincre et repasser à Cartoon Movie. Par contre, on a fait des tests avec d’autres animateurs et ces tests là m’ont fait changer certaines choses.

 

Les tests étaient assez convaincants, mais un peu trop laborieux, et donc il faut laisser plus de place aux animateurs par rapport au story board déjà bien défini. Si l’on encadre trop le travail, on perd le trait. Il faut éviter la copie d’un style.

 

Dora

 

Nous devons trouver un équilibre entre la cohérence graphique de tout le film qui va se faire sur trois pays et la liberté de la peinture animée.

 

Question 6

 

Marion, vous avez publié un ou deux ouvrages de BD ?

 

Marion

 

En tout, j’en ai fait sept ou huit et je travaille sur un autre.

 

Question 7

 

Celui sur les ados est toujours en vente ?

 

Marion

 

Oui, celui sur les ados, c’est un cumul d’épisodes d’une dizaine de pages qui répondent à un sujet. Je vais voir des blogs ou des scientifiques qui m’expliquent ce qu’ils font et je le retranscris. Parfois je retranscris que je n’ai rien compris à ce qu’ils font (rire). J’aime bien me documenter.

 

Question 8

 

Comment aller vous travailler Pierre et Marion sur votre film ?

 

Marion

 

Pierre a l’expérience des équipes et pour le coup il est plus cinéphile que moi.

 

Virginie

 

C’est ton histoire, au début…

 

Marion

 

J’ai eu a réaliser pour TF1 Jeunesse et j’ai adoré le story board. Mais dès qu’il a fallu passer à la réalisation j’ai pas du tout apprécié.

 

Pierre

 

Je ne refuse rien et il n’y a rien qui avance si on n’est pas d’accord, pour l’instant.

 

Question 9

 

Vous êtes passés de la 2D à la 3D, mais la stop-motion non ?

 

Pierre

 

Pas vraiment. On part dans un esprit stop-mo, mais le studio voulait de la 3D et on a dit ok. Mais ce ne sera pas un Pixar non plus. On part sur un budget de 8 millions d’euros, soit cinquante fois moins qu’un Pixar.

 

Question 10

 

Qu’en est-il pour les Films de l’Arlequin sur les courts métrages ? Vous allez continuer à monter des projets ?

 

Dora

 

De toute façon, j’avais décidé de prendre ma retraite.  Aux Films de L’Arlequin, c’est mon assistante Fariza,  avec qui je travaille depuis douze ans, qui prend la relève. Mais j’avais prévenu que si « La Traversée » se faisait, je le ferais.

 

Donc on continue, on produit de nouveaux projets et les Films de l’Arlequin continuent absolument comme avant. Je ne prend donc pas ma retraite avant trois ans et vous pouvez m’envoyer vos projets ! (rire)